mercredi 8 août 2007

08 août 2007 : Brakna/ Comité interministériel à la rencontre des populations : Sentiment de frustration et volonté de dépassementDans le cadre de la tournée d'explication qu'il effectue dans les Wilayas de la vallée, le Comité interministériel chargé du dossier des réfugiés mauritaniens au Sénégal et au Mali a séjourné le samedi 04 et le dimanche 05 août 2007 dans le Brakna. La délégation conduite par le Ministre secrétaire général de la Présidence, M. Yahya O. Mohamed El Waghef, comprenait MM. Yall Zakaria, ministre de l'Intérieur, Ball Mohamed El Habib, Diallo Mamadou Bathia et Mohamed Abdallahi O. Zeïdane respectivement conseillers à la Présidence , à la Primature et au Ministère de l'intérieur.Un langage francA Aleg, Boghé, Bababé et Mbagne, le Comité a tenu des rencontres avec les élus locaux, les notables, les imams, les acteurs politiques et les représentants des organisations de la société civile. Tour à tour, le ministre secrétaire général de la présidence de la république et le ministre de l'intérieur ont livré successivement en Hassaniya et en Pular les principaux axes du discours adressé à la Nation le 29 juin par le président de la République relatif au dossier des réfugiés mauritaniens au Sénégal et au Mali et au passif humanitaire. M. O. El Waghef a appelé tous les citoyens " à apporter leur contribution pour garantir un retour digne et organisé de nos compatriotes " avant de rappeler que " cette question qui était un engagement de campagne du président Sidi O. Cheikh Abdallahi est une des priorités de l'actuel gouvernement ". Quant au dossier du passif humanitaire, " l'Etat procédera à l'identification des victimes et de leurs ayant-droits et trouvera les solutions adéquates dans un esprit de consensus et de pardon ", a encore ajouté le SG de la Présidence.Ce message a été transmis en poular par le Ministre de l'intérieur, M. Yall Zakaria qui a surtout insisté sur l'intérêt que le Président de la république attache au règlement définitif de ces problèmes " qui ont terni l'image de notre pays et porté un sérieux préjudice à l'unité nationale ". Il a ensuite rappelé que le Comité interministériel a effectué le mois passé un séjour au Sénégal où il a noué des contacts fructueux avec les autorités de ce pays, le HCR et les sites de réfugiés de Dagana à Bakel en passant par Ndioum, Dodel, et Wouro Sogui qui se sont engagés à appuyer le processus de règlement des problèmes nés des événements de 1989- 1991. A l'intérieur du pays, le ministre a révélé que le Comité a entamé une large concertation avec les parlementaires, les maires, les organisations de défense des droits de l'Homme, les associations des victimes, les leaders de partis politiques et des personnes ressources (ex-premiers ministres, ex-Walis et ex-Hakems). Ensuite, le ministre a reconnu que même si la majeure partie des personnes consultées adhère à ce programme, des obstacles subsistent. Parmi ceux-ci, il a notamment cité l'amalgame que font certains entre déportés mauritaniens au Sénégal et rapatriés mauritaniens du Sénégal, la tentation de se faire justice et la crainte éprouvée par certains de voir des étrangers profiter de cette opération. Enfin, il a assuré que toutes les victimes de ces douloureux événements seront rétablies dans leurs droits avant de rappeler la tenue dès la fin de ce mois de journées nationales de concertation sur ces sujets.Des propositions concrètes et des témoignages émouvantsDans toutes les étapes effectuées, les membres de la délégation ont suivi les interventions des élus locaux, des notables, des imams mais aussi et surtout des témoignages émouvants d'ex-déportés et victimes des crimes commis durant les années sombres de la période d'exception. Les maires d'Aleg, de Boghé, de Bababé et de Mbagne et leurs homologues des communes rurales ont exprimé leur adhésion et leur soutien à la volonté exprimée par les pouvoirs publics à régler ces problèmes " contribuant ainsi au renforcement de la cohésion entre les différentes composantes de notre peuple, unies par la religion musulmane, par un long passé historique commun, et par conséquent condamnées à vivre ensemble ". Les parlementaires qui ont tenu à effectuer le déplacement (pas tous !) ont abondé dans le même sens en se déclarant prêts " à travailler la main dans la main avec le comité pour tourner définitivement cette hideuse page de l'histoire de notre pays ". Les autres intervenants ont touché du doigt toutes les questions sensibles n'hésitant pas quelquefois à raconter leurs mésaventures au Sénégal pour les uns, en Mauritanie pour les autres tout en saluant unanimement le discours du 29 juin. Parmi les sujets abordés, on retient notamment le règlement des problèmes des rapatriés mauritaniens du Sénégal, les expropriations foncières dans la vallée au profit d'autres citoyens, l'état-civil, les indemnisations et dédommagements des victimes des déportations et des exécutions extrajudiciaires, la réintégration des fonctionnaires et agents de l'Etat expulsés en 1989, le sort qui sera réservé aux exdéportés qui ont regagné le pays à la fin des années 90 par le truchement de la politique du " mooyto koota " et le cas des citoyens qui n'ont pas été déportés mais dont les biens ont été spoliés entre autres.D'Aleg à Mbagne, des ex-déportés (Ibrahima Bâ, Diaw Abdoulaye, Moussa Djigo, Cissé Amadou, Diop Mamoudou et Diop Oumar) ont raconté les circonstances dans lesquelles ils ont été expulsés manu militari de leur pays tout en précisant que c'est l'amour qu'ils vouent à leur patrie qui les a poussé à revenir. A travers leurs témoignages se lisait un sentiment de frustration doublée d'une réelle volonté de dépassement " au nom des principes de notre sainte religion et des intérêts supérieurs de la Nation ". L'émotion et l'angoisse qui ont ponctué leurs récits en disent long sur la bestialité des traitements qu'on leur a fait subir " malgré leur appartenance à ce pays qu'ils ont servi avec dévouement durant de longues années ". C'est ainsi que les discussions qui devaient en principe tourner autour des modalités pratiques du retour des déportés et du règlement du passif humanitaire se sont focalisées plutôt sur l'historique des événements.Des dérapages verbaux aux propos conciliantsNotons que ces rencontres ont occasionné des dérapages verbaux de la part de certains notables : à Aleg, un vieil homme qui s'est présenté comme un " moussafar " du Sénégal a évoqué, comme pour aiguiser les rancoeurs, " la passivité ou la complicité des négro-mauritaniens face aux exactions commises à l'endroit de leurs compatriotes maures qui vivaient dans l'autre rive du fleuve au moment des événements ". A Boghé, un autre vieillard a fait allusion à une autre complicité, " celle des Haratines qui ont occupé les terres des autochtones de la vallée ". D'autres établissent un parallélisme entre les rapatriés mauritaniens du Sénégal et les mauritaniens expulsés vers le Sénégal. Mais, globalement, les intervenants se sont tous inscrits dans le sens du règlement définitif de ces questions. Les " cheikhs " ou " thiernos " ont prêché la réconciliation des coeurs et des esprits en faisant référence à des versets coraniques et à des hadiths qui attestent que l'Islam enseigne la tolérance, la justice et l'égalité. A Bababé, O. Saïbott s'est engagé à procéder à une rétrocession de deux barrages au profit des " revenants ". Ce geste hautement symbolique a été salué par les membres du comité.Dans leurs réponses, les deux ministres ont donné des garanties que les problèmes évoqués seront étudiés minutieusement en vue d'y apporter les solutions adéquates.Les ministres face à la presseA l'issue de leur mission au Brakna, le ministre secrétaire général de la présidence et celui de l'intérieur ont tenu un point de presse à Mbagne devant les correspondants locaux de la presse officielle et indépendante et les envoyés spéciaux de la TVM et de la RM. Le premier a donné l'assurance " que toutes les préoccupations exprimées seront prises en compte dans le cadre d'un plan que la commission proposera aux journées de réflexion auxquels la plupart des élus seront invités ". " Ce plan, at- il ajouté, sera la cheville ouvrière de la mise en oeuvre des solutions qui nous concernent tous ". Il a remercié les notables du Brakna " pour la hauteur de leurs interventions " avant de rappeler " la ferme détermination du Président de la république à trouver des solutions définitives à ces questions pour construire une Mauritanie nouvelle fondée sur le droit ". Pour sa part, le ministre de l'intérieur, a d'abord remercié les journalistes " pour avoir accepté d'accompagner la délégation " avant de leur demander de servir de courroie de transmission pour rapporter fidèlement le message ainsi que les préoccupations exprimées par les populations. " Au Brakna, a-t-il ajouté, nous avons observé que beaucoup d'intervenants qui ont vécu ces douloureux événements ont tenu à faire des témoignages poignants au cours desquels on lisait clairement cette volonté de dépassement et de pardon. Ce qui est extrêmement utile et important pour l'expérience que notre pays est entrain de vivre. Enfin, cette liberté de ton participe à la consolidation et à l'approfondissement de notre démocratie ".Une mission réussieSignalons enfin que cette première sortie du Comité interministériel dans la Wilaya du Brakna a été perçue par de nombreux observateurs comme un succès éclatant. Selon les termes d'un ex-déporté, " elle nous a permis d'extérioriser nos souffrances devant les plus hautes autorités du pays ". L'administration locale, par le biais du Wali, a largement contribué à la réussite de cette mission pour avoir mené une dizaine de jours auparavant, une vaste campagne de sensibilisation auprès des notables et déployé les moyens humains et matériels nécessaires.DIA ABDOULAYE ALASSANECP. BRAKNANote: Info source : Nouakchott Info

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